DEMARCHE ARCHEO-MUSICALE

Evoquer la pratique instrumentale chez l'Homme depuis la Protohistoire n'est pas chose aisée.
Cela permet entre autre de découvrir des sonorités disparues mais aussi de comprendre l'étroite relation entre la société et la musique.
Une approche nouvelle de l'archéologie musicale a permis ces dernières années de faire la lumière sur ces pratiques instrumentales anciennes, dont on avait au 19e siècle une vision largement déformée.
Conscient du patrimoine culturel de grandes civilisations, j'ai choisi cependant d'étendre mon travail à la Pars Occidentalis principalement sans en oublier les apports orientaux et d'en traiter les aspects les plus pertinents.
Discipline maillon, elle sous-entend l'échange d'informations, c'est pourquoi mon travail n'est possible qu'en relation avec des professionnels issus de domaines complémentaires (archéologues, historiens, ethnologues, musiciens, etc.)

La première étape et la plus importante est de réunir toutes les sources disponibles et accessibles, telles qu'iconographiques, philologiques (étude des textes), épigraphiques (étude des inscriptions), découvertes archéologiques, etc.
On ne saurait faire l'impasse sur des informations jugées essentielles, nécessaires à un travail de reconstitution archéo-sonore.

Après avoir soigneusement classé et hiérarchisé toutes ces données, les avoirs comparées entre elles, il s'avère indispensable de les confronter aux textes. En effet, de précieuses informations ont été collectées par les témoins de différentes époques (Diodore de Sicile, Pline l’Ancien, al-Urmawi, Henri de Zwolle, Jérome de Moravie etc.), traitant parfois de peuples ou d'aspects musicaux restés discrets.

Cependant, bien qu'il soit nécessaire d'approfondir les sources écrites, il est aussi fondamental d'en prendre la hauteur nécessaire à la réflexion, une critique aveugle serait inefficace. Ces recherches ne peuvent se faire donc que d'une manière approfondie pour que soient cohérentes les réalités organologiques, sociales et géographiques.

De plus, afin d'éviter d'interpréter un instrument qui n'en est pas un à l'origine, ou encore de se méprendre quant à son utilisation réelle, il est important de le classer par catégories et d'offrir ainsi une terminologie précise (Cordophones, Aérophones, etc.).

Ne disposant pas de toutes les clefs, il est parfois utile de faire appel à l'Ethno-Organologie (Compréhension de l'instrument de musique dans sa technique de fabrication, de jeu, son histoire, son utilisation musicale, etc) qui permet d'éclaircir de nombreux mystères par analogie ou déduction.

Pour mener à bien cette entreprise et restituer la justesse et l'habileté des artisans d'autrefois , il me semble efficace de mettre en place un plan d'exécution logique suivant des tracés et des proportions harmonieuses, utilisés déjà depuis l'Antiquité.


Enfin, j'ai choisi d'inclure dans mon travail la proposition d'instruments en adéquation avec une époque, et répondant à des codes musicaux, temporels et organologiques, d'expérimenter et soumettre une interprétation libre et personnelle sans tomber dans l'erreur d'alimenter un imaginaire fantaisiste.

Car ne retrouver aucune trace d'un instrument, ne prouve nullement qu'il n'a pas existé, seule l'expérimentation permet de juger de la crédibilité d'une hypothèse.

En effet des matériaux périssables tels la corne, l'os ou le sureau, ont été utilisés mais n'ayant pas bénéficié d'un milieu de conservation adéquat, ont disparu.

Pour terminer, je dirais que ce travail sans prétendre à l'exhaustivité, entend proposer des pistes de réflexions, de porter un regard sur le prisme d'un instrumentarium encore lacunaire et d'usages musicaux méconnus.